Fri Dec 5 01:28:58 CST 2008

« Une entente avec le diable » et autres réactions par Eric Plamondon

Les actions politiques fédérales actuelles commandent notre attention. Nous assistons à la naissance d’une nouvelle réalité politique au Canada. Le tout se déroule devant nous à une grande vitesse et les commentaires fusent tout aussi rapidement. Certains thèmes ressortent des commentaires entendus et méritent quelques explications.

 

« Une entente avec le diable »

En politique fédérale plusieurs s’acharne a la présence d’une écharde politique bien ancré, sois le Bloc Québecois. Ceci du au fait qu’un principe de base du Bloc Québecois, c’est la souveraineté pour la belle province. Il est donc concevable que si le gouvernement canadien dépend du Bloc québécois et lui accorde une place prépondérante dans les négociations d’importance, la situation semble insensée et inacceptable. Compromis, consensus et négociation, oui, mais avec des souverainiste? Il y a dix ans, cette affirmation ferait quasiment unanimité. Il faut cependant réaliser que la position du Bloc a évolué (et nous aussi peut être). Présent depuis 15 ans sur la scène fédérale, le parti au départ axé sur la souveraineté parle aujourd’hui de défense des intérêts du Québec dans un contexte canadien. N’est-ce pas ce que chacun souhaite de la part de son représentant de circonscription? Le Bloc a aussi acquis une meilleure compréhension de la scène fédérale. M. Duceppe a visité les autres provinces et a établi un dialogue. Résultat : Gilles Duceppe ne représente plus une menace. Il représente plutôt le choix légitime, démocratique et soutenu d’une grande partie de l’électorat québécois. Il occupe la place qui lui revient au sein du Parlement, car il a reçu le même mandat que ses homologues.

 

« Nous avons choisi un gouvernement »

Stephen Harper se plaît à dire que l’électorat a rejeté un gouvernement libéral dirigé par Stéphane Dion lors des dernières élections. Ce n’est pas tout à fait juste. Lors de l’élection, chaque citoyen vote pour un représentant de sa circonscription, et non pour le premier ministre ni pour le gouvernement. Nous sommes dans un système parlementaire (on élit un Parlement) et non un système présidentiel (où on y élit un président). C’est en fait la Gouverneure Générale qui demande au chef du parti qui a obtenu le plus de sièges de former un gouvernement. Cette demande est basée sur la supposition que ce parti a le plus de chances d’obtenir la confiance de la Chambre des communes, une confiance essentielle à l’exercice des pouvoirs législatif du gouvernement. Un système parlementaire lie le pouvoir exécutif et législatif d’un gouvernement dans les mains des gens élus au Parlement. Donc, oui, Stephen Harper a raison quand il dit que les Canadiens n’ont pas élu un gouvernement de coalition. Tout comme nous n’avons pas voté directement pour un gouvernement conservateur minoritaire ni pour lui (sauf à Calgary Ouest). L’élection ne détermine pas qui forme le gouvernement; un « gagnant » ou un « perdant ». Elle identifie qui forme le regroupement de députés. Et c’est de ce groupe qu’émane le gouvernement.

 

« C’est une question de stabilité »

Certains font valoir qu’un gouvernement de coalition risque d’être moins stable, ce qui est à éviter dans une situation économique précaire comme celle que nous vivons. Mais certains sont en droit de penser qu’un gouvernement minoritaire qui ne consulte pas l’opposition peut se révéler plus instable qu’un regroupement concerté. Deux partis au sein d’un cabinet, appuyé par un troisième pour une durée minimale de 18 mois, cela ne constitue pas une source d’instabilité a priori. Et une période de dix-huit mois permettra de passer au travers du pire de la crise financière et économique, selon l’estimation de la Banque mondiale. La coalition semble aussi de bonne foi : elle indique clairement les gestes qu’elle accomplira. Nous sommes loin de la volte-face du gouvernement conservateur, qui a remplacé son discours électoral par l’énoncé économique de Jim Flaherty.

 

Chose certaine, cette situation est inédite dans notre histoire politique. Malgré le feu roulant des événements actuels, elle requiert une analyse réfléchie. Mais le changement est déjà amorcé : les libéraux, les néodémocrates et les bloquistes ont modifié la dynamique politique fédérale, et ce, possiblement pour longtemps.

 

Eric Plamondon

Posted by Mathieu Allard